Il y a cette quête d’une inspiration singulière, à la fois pure et sensible. La recherche d’idées-forces, comme pour expliquer ce que l’on sait déjà.
J’ai d’abord placé un clavier sous l’orage. C’était une manière de laisser la pluie nous parler. J’y ai recherché une certaine proximité, une co-écriture, qui nourrit et offre ce que je n’aurais jamais trouvé seule. J’aime que les formes choisissent et participent. Ces protocoles se nouent à mon approche de designer graphique : j’y trouve des liens, des justifications, pour créer des images à partir de matières que je n’écrase pas. C’est ici mon intérêt pour l’aléatoire, pour qu’il fasse des choix, ceux que je n’aurais pas fait. Je souhaite continuer de créer des cartographies qui n’en sont pas, et des calendriers qui ne parlent pas du temps.
J’ai un temps marché la tête baissée, comme pour m’excuser d’exister. Il y a trois ans, j’ai fixé une obsession anecdotique pour le caillou, honnête et brut, celui qu’on ne ramasse pas. Je l’ai cueilli comme un prétexte, pour qu’il devienne un médiateur, une excuse pour disséquer le quotidien. J’aspire à conjuguer les fragments entre eux, pour composer des langages et des manières de ressentir. Aujourd’hui, je poursuis cette recherche en gommant l’intervalle [ciel et terre] ; pour finalement créer des formes impossibles mais plausibles. J’aime rassembler des matières faites pour être laissées. Les pissenlits connaissent la dispersion. Chaque pièce fonctionne comme un prélèvement, une tentative de capturer un état transitoire. Les recherches font écho à l’endroit où je me situe aujourd’hui : un espace entre plusieurs états, celui de la direction artistique ; auteure de concepts, et celui de la pratique plastique, comme voie directe.
Aujourd’hui, ma pratique évolue vers une mise en tension plus consciente entre mes deux postures : celle de designer graphique et celle d’artiste. Je m’interroge sur ce qui cadre, structure, mais aussi sur ce qui fait rêver plus loin. J’ai pensé et repensé “la fenêtre” : celle qui isole autant qu’elle ouvre. Enfin, pour composer avec des matières qui ne m’appartiennent pas ; le ciel, la pluie, la terre, j’essaie la pratique en discrétion, et imparfaite.