Pour concevoir cette exposition, Cécile Azoulay, Cécile Babiole et Julie Morel s’appuient sur les réflexions qu’elles partagent et développent à l’observation de la Broyeuse de chocolat de Marcel Duchamp. Cette œuvre emblématique retient leur attention parce qu’elle propose une approche contemporaine des choses, matérielles ou immatérielles, qui permet de les concevoir et de les aborder comme un ensemble d’éléments discontinus. De l’invention du béton, au recyclage de matériaux, en passant par la cuisine ou les données numériques, la granularité est au centre de notre rapport à la matière, jusqu’à devenir un paradigme de la connaissance envisagée comme une vaste base de données constituée d’une masse de micrograins d’informations.

Cet état granulaire de la matière engage des processus spécifiques : fractionner, mixer et mettre en forme. Par exemple, on réduit du gypse en poudre et on obtient du plâtre, puis on le mixe avec de l’eau pour le mouler ou le façonner dans le but de produire une nouvelle forme solide. De même, l’information, réduite à des unités élémentaires exprimées en 0 et 1, est traitée par des programmes numériques afin de produire de nouvelles entités sous forme de textes, images ou sons.

L’exposition est pensée à partir de ces processus et présente une sélection d’œuvres qui possèdent toutes, d’une manière ou d’une autre, des propriétés granulaires. Fidèle à sa manière d’envisager le commissariat comme une création artistique en dialogue avec les œuvres sélectionnées, Le sans titre crée une scénographie qui englobe l’ensemble des œuvres et des espaces et qui s’articule autour d’un dispositif installé dans le couloir.

Aller plus loin

Le sans titre

Créé en 2016 par Cécile Azoulay, Cécile Babiole et Julie Morel, ce collectif est basé à Briant, Lyon et Paris.

Après différents projets de commissariat et de programmation au sein de lieux autogérés, d’espaces d’art et d’institutions (Plateforme, Géographies Variables, Incident, Upgrade ! Paris, Écoles supérieures d’art…), et poursuivant chacune sa pratique artistique, les trois artistes se sont constituées en collectif pour travailler les enjeux, principes et formes de l’exposition.

Le sans titre appréhende la pratique curatoriale comme une pratique artistique à part entière en s’appropriant la forme de l’exposition comme un médium de plus. La production d’expositions ou la programmation d’événements est ainsi envisagée comme expérimentale et subjective, basée sur une relation horizontale de dialogue, d’échange et de construction avec leurs pairs artistes.
S’attaquant aux différentes formes et normes de monstration (expositions, rencontres, conférences, performances, workshops…), Le sans titre prône un décloisonnement et une transversalité des pratiques artistiques (visuelles, sonores, numériques, graphiques, électroniques, éditoriales, performatives, etc. ) et des générations (artistes émergents, confirmés, etc. ).

Manifeste : Être juge et partie.