Depuis longtemps, deux pratiques coexistent dans mon parcours sans vraiment se rencontrer.
D’un côté, le design graphique, adressé, diffusé, inscrit dans l’espace public. De l’autre, le patchwork quilté - assemblage textile matelassé, qui m’accompagne depuis toujours, ancré dans l’espace domestique, hérité de gestes transmis. Longtemps, je les ai maintenues à distance. Pourtant, toutes deux engagent des questions similaires : celles de la composition, de la couleur, du cadre, de l’assemblage, mais aussi du message. Une image imprimée, comme un quilt, sont des surfaces construites, faites de couches, de fragments, de choix techniques qui orientent leur forme et leur sens.

Le projet que je m’apprête à mener au Bel Ordinaire naît de l’envie devenue nécessité de rapprocher ces pratiques : faire dialoguer design graphique et patchwork, explorer leurs points de convergence autant que leurs écarts. Le point de départ sera simple : un format partagé, rectangulaire et vertical. Affiche, flyer ou couvre-lit - le cadre est homothétique, mais les usages, les contextes et les statuts diffèrent. À quelles images donne-t-il lieu ? Quels messages transmet-il de l’espace intime à l’espace public ?
À travers des expérimentations mêlant impression et assemblage textile, je souhaite faire apparaître des formes hybrides, où les techniques se répondent et se transforment. Ce travail sera aussi l’occasion de questionner le statut des images et de celles et ceux qui les produisent.

J’envisage cette résidence comme un temps d’exploration, d’essais et de déplacement. Un moment pour faire se croiser les gestes, troubler les catégories, et laisser émerger, progressivement, un langage commun.

Après mon séjour de recherche, juin 2026 :
Durant ce temps de résidence au Bel Ordinaire, j’ai exploré deux facettes des liens qui, de manière évidente à mes yeux, unissent ou éloignent la pratique du patchwork de celle du design graphique.
D’abord un point commun : le signe qui fait sens. Puis un point de divergence : le contexte de diffusion, résolument public pour le graphisme, historiquement privé pour le quilt. Avant de choisir ces deux axes, j’avais débuté mon séjour en cartographiant tous les points de friction et de rencontre qui me semblaient si forts, dessinant ainsi une première constellation de recherche.
Plusieurs nouvelles pistes, issues de cette constellation, se précisent pour la suite :

  • L’aspect communautaire : réinventer les quilting bee, ces regroupements de femmes du XIXe siècle, matelassant ensemble l’ouvrage de l’une d’entre elles. Quand faire-ensemble devient un espace social, politique et plastique.
  • Le réemploi de matériaux : retourner aux racines mêmes du patchwork, rien ne se perd, tout se transforme. Interroger la mémoire du textile, la place de la récupération et de la transformation de la matière au sein d’une pratique de production en série.
  • Le travail en série justement : il est rendu possible par la sérigraphie qui vient troubler les frontières entre art et artisanat.
  • Mais aussi le plaisir du faire, tout simplement : expérimenter des formes abstraites ou figuratives, jouer sur les assemblages et les transparences, réinvestir des motifs traditionnels et en dessiner de nouveaux, explorer les usages des objets produits.

Un immense merci à toute l’équipe du Bel Ordinaire. Donner un cadre nouveau à ce projet né dans l’intime était une étape aussi délicate qu’essentielle pour moi. La bienveillance et la qualité de l’accueil ont permis de faire advenir ce déplacement avec douceur et joie !

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