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Pendant mon séjour de recherche au Bel Ordinaire, je souhaite explorer les paysages et espaces fictifs qui nous traversent et tenter de sonder des lieux imaginés. Je me questionne sur la façon dont les espaces rêvés font partie de nos réalités et peuvent refléter nos états, notre enracinement, nos déracinements, nos errances et aspirations. Ce projet vient notamment d’une volonté de donner au rêve une place centrale, qui se trouve très souvent menacée et me semble indispensable à l’épreuve du réel. Cette recherche est une façon de résister à tout ce qui entrave ou empêche l’état de songe, de contemplation, et d’inviter le regard à plonger. Un sol qui souffle, des pieds enracinés dans la roche, une tête en fontaine ou en saule, un dos végétal, mes images tendent à associer le corps à son environnement et à envisager le paysage comme un corps. J’aimerais approfondir cette relation corps-espace, aussi bien dans les images réalisées que dans ma propre expérience de la pratique du dessin.
Dans le cadre de cette recherche, je souhaite déplacer mon dessin de son cadre habituel, en travaillant sur de grands formats et de nouveaux supports récupérés (toiles, tissus, cartons). Ma pratique du concert et de la performance dessinée avec l’association Douce fusion nourrit particulièrement mon souhait de décloisonner le dessin et d’appréhender de nouveaux gestes, plus amples. Ces recherches seront aussi l’occasion de concevoir l’image déployée dans l’espace et partagée sous forme d’affichages, d’installations, et potentiellement comme un outil de scénographie pour de futures performances.
J’envisage ce séjour comme un temps d’expérimentation et un moyen d’emprunter de nouveaux sentiers dessinés grâce à l’espace qui m’est proposé, aux rencontres faites au Bel Ordinaire et à la découverte de ses paysages alentours.
Après mon séjour de recherche, avril 2026:
Mon séjour de recherche au Bel Ordinaire m’a offert du temps, de l’espace pour expérimenter et m’a permis de sortir de mon cadre de travail habituel. Mes images ont été particulièrement nourries par les rencontres que j’ai faites et les paysages que j’ai vu ici. Assez rapidement, deux axes se sont dégagés : un travail sur des espaces abstraits en grand format au pastel sec et un travail sur une série de gravures petits formats. L’accès à une presse m’a permis de travailler la gravure en taille douce sur plexi. Dans cette série d’images, j’associe des éléments minéraux, végétaux à des éléments du corps. Ces associations me permettent de suggérer des sensations physiques et des émotions en m’appuyant sur une forme de langage minéral ou paysager. J’envisage de poursuivre cette recherche en développant un « vocabulaire » pour représenter des figures en osmose ou en tension avec leur environnement : les corps sont traversés, travaillés, transformés par les espaces dans lesquels ils gravitent. Ces gravures répondent aux grands paysages au pastel et ces deux types d’images s’alimentent, font partie d’un même univers. Je réfléchis à un accrochage qui permettrait de les mettre en lien et qui assemblerait grands formats, gravures et matrices en plexi. Je prévois aussi de poursuivre le travail entamé ici en rassemblant ces images sous la forme d’une édition reliée à la main.
Ce séjour m’a permis une grande liberté dans ma pratique et a amené beaucoup de partage. J’espère revenir au Bel Ordinaire pour poursuivre ces recherches et travailler en écho à tout ce qui traverse et anime ce lieu !