Pour cette résidence au Bel Ordinaire, je souhaite explorer un projet qui s’éloigne de mes précédentes recherches. Il n’y est pas question d’écologie ou d’artisanat. Ou peut-être qu’il y est question d’écologie, mais d’écologie de la psyché. Il s’agit d’un film-essai qui prend pour point de départ le trouble bipolaire de type I avec lequel je vis.
Depuis le mouvement des survivant·es de la psychiatrie à celui de la Mad Pride, en passant par l’antipsychiatrie, ce film a vocation à apporter un double éclairage intime et documentaire. Je voudrais y mêler autofiction, témoignages, éléments de contexte historiques et politiques. De la même façon que pour mon film Patching Topias, j’avais juxtaposé réflexions personnelles et références scientifiques et philosophiques, je compte à nouveau explorer cette écriture intime et polyphonique proche du patchwork. J’aimerais enquêter sur la folie : la mienne, celle des autres, celle qui fait peur, celle qu’on opprime et qu’on contraint. Explorer la possibilité de vivre avec le trouble, comme dirait Donna Haraway.
Ce film sera réalisé en animation, comme mes précédents documentaires. L’animation me permet de donner à voir des réalités subjectives, des réalités qui ne sont pas filmables. Elle me permet de représenter des pensées, des sensations, des impressions. Elle répond à la nécessité de montrer comment un trouble modifie la perception du réel, en faisant apparaître des figures et des motifs singuliers.
Pour mon précédent film Chères faiseuses, j’avais utilisé la technique de la rotoscopie en décalquant des captures d’écran de prises de vue réelles. Avec ce projet, j’aimerais renouer avec le dessin de façon plus libre et spontanée. Je mettrai mon temps au Bel Ordinaire à profit pour développer l’univers visuel du film. En expérimentant avec le dessin sur papier et sur tablette graphique, je voudrais poser les bases du monde dessiné dans lequel je souhaite que le film nous immerge.