Mon séjour de recherche au Bel Ordinaire s’inscrit dans le prolongement d’une recherche déjà initiée autour du hobbyhorse, pratique majoritairement féminine mêlant performance corporelle, imaginaire, équestre, fabrication artisanale et circulation numérique. Souvent considéré comme ridicule ou infantile, le hobbyhorse devient ici un outil d’observation des manières dont certaines pratiques féminines sont simultanément invisibilisées, moquées et extraordinairement créatives.
Ce projet s’intéresse aux loisirs féminins comme espaces de fabrication de soi, de communauté et de fiction. Majorettes, therians, reborn, cosplay ou fandoms partagent une même tension : ce sont des pratiques codifiées, exigeantes physiquement et affectivement, mais fréquemment disqualifiées dans les hiérarchies culturelles dominantes. Leur visibilité sur les réseaux sociaux produit à la fois reconnaissance collective et violence symbolique.
À travers la peinture et la performance, j’explore cette zone ambiguë entre jeu, discipline, rituel et contre-culture. Le hobbyhorse apparaît comme une extension du corps : un objet pauvre, presque absurde, capable pourtant de transformer le mouvement, l’identité et la relation au regard des autres. La figure de la “fille-cheval” devient alors une figure hybride, située entre enfance et puissance, ridicule et émancipation.

Ce séjour sera l’occasion de développer un nouveau corpus de peintures à partir d’images circulant en ligne : compétitions filmées, captures TikTok, costumes, gestes chorégraphiques. Il prolonge également ma visite aux championnats du monde de hobbyhorse 2026 en Finlande. Enfin, ma venue au Bel Ordinaire marquera le début de l’écriture d’une performance pensée comme une extension physique de ce travail, où le corps devient espace de contrainte et de transformation, entre entraînement sportif, parade et tentative d’incarnation.

Voir sa résidence au BO en 2024