Ma pratique est fortement liée à l’exploration des matériaux et du territoire dans lequel je vis et travaille. Pour cette résidence de recherche au Bel Ordinaire, je souhaite m’imprégner des paysages urbains et de nature de Billère et de sa région, être attentive aux formes qui caractérisent cet environnement pour les réinterpréter à travers mon prisme artistique.

Au gré de mes explorations, je souhaite constituer une sorte de banque de données sensible du territoire, en recueillant aussi bien des images, des formes observées en ville ou dans le paysage, un détail du quotidien, des lignes, des couleurs et des textures, que des objets et matériaux de natures diverses : papier, textile, caoutchouc, métal, bois… Cette matière pourra nourrir mes recherches autour du dessin comme mes expérimentations en volume, pour lesquelles je privilégierai autant que possible des matériaux et objets déjà existants, issus du réemploi. Certains éléments seront propres au territoire, d’autres plus universels. L’ensemble formera une réserve de matières et de références dans laquelle je pourrai puiser pour ouvrir de nouvelles pistes de recherche dans l’atelier.

J’expérimenterai alors différentes transformations de la matière : dégradation, altération, assemblage, déconstruction et recomposition, avec l’envie de déstandardiser les formes et les objets à travers des décalages entre les formes et ce dont elles sont constituées. Sans m’appuyer sur un savoir-faire spécifique, je laisserai une large place à l’imprévu, à l’aléatoire et à l’accident, afin d’explorer librement les possibilités techniques et poétiques qui pourront surgir. Je pourrai également intégrer à ma démarche certains gestes ou savoir-faire rencontrés sur le territoire.

Aujourd’hui, mon désir de déploiement m’amène à explorer la porosité entre sculpture, dessin et installation. Mon rapport au dessin tend notamment à se lier à celui que j’entretiens avec la sculpture, jusqu’à devenir parfois tridimensionnel ou à prendre la forme d’une installation dans laquelle le public peut déambuler. Je souhaite ainsi brouiller davantage la frontière entre dessin et volume et explorer leurs multiples hybridations. Cette recherche m’amène à considérer le dessin comme une forme pouvant quitter le plan pour se déployer dans le volume, dialoguer avec le lieu et modifier la perception de l’espace. Je vois ainsi l’atelier du BO comme un terrain de jeu à investir, qui pourra progressivement devenir un paysage de formes, de matières et de dessins, dans lequel j’inviterai le public à s’immerger lors d’une restitution.