Les économies de travail changent, fluctuent, se réadaptent sans cesse, surtout en début d’activité artistique. C’est dans ce changement brutal que la pratique explose, se réinvente dans une nouvelle mise en place du quotidien et des moyens disponibles. Ces derniers mois, mon travail s’est gorgé d’images, non pas par accumulation, mais par juxtaposition. Sculpture, dessin, texte et installation se retrouvent au même niveau. Il ne reste plus que l’image, et sa mise en performance dans l’espace. La pièce se fond dans la lecture, le dessin devient sculpture et poème, les objets sont l’alphabet d’un texte, le tout forme une typographie à deux doigts d’une anecdote du hasard. Lorsque ce qui nous entoure est déjà produit et continue de l’être, le sensible de l’expérience directe du quotidien devient notre ancrage immédiat.
En arrivant au Bel Ordinaire, une question s’impose : comment lier sculpture, texte et dessin ?
Jusqu’ici les sculptures, souvent originaires d’un poème ou d’une série de dessins, mélangent deux objets dans une scénette poétique. Dans le décor des murs blancs, une machine à laver se mord la queue, une dizaine de serre-joints ouvre chacun une pince à linge, des casseroles éclairent leur propre couvercle suspendu au-dessus d’elles… Ces objets hybrides, comme un poème croise les mots, superposent deux réalités pour en créer une troisième. Les mots se sont installés entre les objets. Ils sont lus, parlés, performés. Ils occupent l’espace avec le même langage que les sculptures. Le même langage, mais pas la même langue. La même manière de construire les images, mais l’ouïe et la vue ne captent pas le monde de la même façon.
Comment l’installation-poème, l’objet-poème et le dessin-poème peuvent-ils s’enrouler autour d’une même pratique ? J’aimerais élaborer une série d’installations-poèmes, où la parole, l’objet et le trait s’entrelacent dans un dispositif vivant. Une sculpture qui se lit, un texte qui se manipule, un dessin qui s’installe. Cette résidence est pour moi un terrain d’expérimentation, un lieu pour éprouver les correspondances entre langage et matière, espace et geste, et poursuivre cette recherche d’un poème physique, à échelle humaine.
Séjour de recherche en partenariat avec l’École Nationale Supérieure d’Art et de Design Limoges