Grâce à ce séjour de recherche, je souhaite amorcer la production d’un nouveau rouleau peint sur papier — troisième volet d’une série en cours, et future pièce d’une installation que j’imagine comme une forêt de rouleaux de formats variés.
Après Fall in love (papier intissé, 23,5 mètres) puis Traversées (papier semitranslucide, 8 mètres, en collaboration avec une danseuse), ce troisième rouleau d’environ vingt mètres représente une nouvelle étape dans l’amplification du geste et de l’échelle. Mon projet initial serait de collecter des teintes directement dans l’environnement de Pau — paysages, architecture, végétation — et de fabriquer des matrices d’impression.
Si ce temps de collecte ou de création de matrice reste partiel, une semaine constituera néanmoins une opportunité précieuse : déployer le rouleau dans sa totalité, l’appréhender sur toute sa longueur, travailler au sol à l’aide de perches, prendre du recul sur l’ensemble. La dimension de l’atelier du Bel Ordinaire est précisément ce que mon espace habituel ne peut pas m’offrir.

S’immerger dans un territoire nouveau, en absorber les lumières et les teintes, nourrit ma pratique d’une façon que je ne peux pas reproduire en atelier. Rencontrer des professionnel·le·s, partager ma démarche avec différents publics lors des temps d’ouverture — tout cela représente un soutien réel à l’évolution de mon travail.

Après mon séjour de recherche, juin 2026
Six jours et trois rouleaux de sept mètres chacun à peindre au Bel Ordinaire. Ce défi, sans doute un peu fou – surtout en pleine canicule – a intensifié ma pratique générant une fatigue optique qui a laissé la part belle à la main. Pour la première fois, j’ai pu véritablement déployer mon travail dans un atelier à la mesure de mes formats, libérer l’amplitude de mes gestes, et accrocher mes rouleaux au fil de leur avancement.
Enveloppée de mes propres panoramas paysagés pendant que je les peignais, j’ai pu observer en temps réel l’évolution de mes saisons picturales et de ses rythmes d’un panneau à l’autre, ce qui a influencé mes choix pour les prochains. J’ai particulièrement utilisé des pigments irisés, à l’image des écailles de poisson, me permettant de jouer avec la lumière et les codes du beau. Mon atelier n’avait pas de lumière directe, alors il me tarde de découvrir ces effets iridescents dans mon prochain lieu d’exposition au Centre culturel d’Ecully en
décembre. L’accrochage sur les portes métalliques avec des aimants a ouvert des possibilités nouvelles. J’ai joué avec les plis aux extrémités, ce qui m’a donné des idées pour penser autrement la façon dont un rouleau peut habiter un espace.

La rencontre avec l’artiste Clara Denidet a nourri cette semaine d’échanges précieux, notamment sur cette question de l’accrochage des œuvres. Enfin je souhaite revenir prochainement au Bel Ordinaire pour développer avec l’équipe une forme d’accrochage qui ferait défiler ces paysages peints comme à la fenêtre d’un train et poursuivre mes peintures rouleaux.