Le travail que je projette de mener au Bel ordinaire, dans le cadre de ces quelques semaines de résidence, vient s’inscrire dans la continuité de ce que j’ai pu élaborer ces dernières années, à savoir une interrogation du proche, du banal, du commun, de l’ordinaire. Recenser, explorer, questionner et ré-envisager les signes qui nous entourent au quotidien : les lettres, les mots, les discours, les lignes, les surfaces, les textures.

La première semaine de résidence — qui s’est déroulée du 25 au 29 mars — a été l’occasion de rassembler, d’étaler, d’organiser un ensemble d’idées jusqu’alors non hiérarchisées, et pas encore réellement travaillées. Cette vision panoramique m’a permis de trier, de comprendre et de nommer plus précisément qu’auparavant les thèmes principaux qui semblent m’animer. Je pourrais désormais les résumer ainsi :

ordre <> désordre.

injonction <> désobéissance

norme <> imprévu

conditionnement <> chemins de traverses

augmentation <> diminution

Les formes, gestes et matières que j’ai à cette heure pu explorer fouillent ces territoires : signalétique routière détournée, flèches directionnelles pliées, système d’écriture et de lecture inversé, etc.

Le prochaines étapes de cette résidence au long cours — quatre périodes programmées de mars à décembre — me permettront d’explorer ces thèmes plus en profondeur, et d’élaborer petit à petit les productions qui seront présentées dans l’exposition à venir.

Il s’agira, notamment, de profiter des espaces auxquels j’ai accès au Bel ordinaire — atelier personnel et ateliers de fabrication — pour travailler des matériaux, des dimensions, des techniques de réalisation et d’impression.

Il s’agira également de préciser les projets en eux-même, sur le fond, et dans leur articulation. Il me semble que ce qui fait lien, dans les projets que j’envisage de présenter, c’est leur dimension à la fois poétique (étonnement du quotidien, détournement du monde) et politique (critique de l’injonction, de la standardisation) : la réunion de ces deux dimensions m’intéresse. L’une renforçant, à mon sens, l’autre. Le point d’équilibre n’étant pas si facile à trouver.

C’est bien cela que je projette de fouiller, d’exprimer, durant mes temps de présence au Bel ordinaire.