Adolescente, persuadée qu’elle a été adoptée, Sabine Delcour explore et scrute les archives familiales : elle découvre la photographie. En 2018, toute sa production artistique est dévorée par les flammes. Deux faits fondateurs de cette expo où l’artiste mène avec humour une sorte d’autopsie autobiographique aux allures de fable, à l’occasion de l’édition de sa première monographie.

L’exposition rassemble un ensemble éclectique de photographies, de négatifs, d’objets, d’histoires et un ouvrage construit à partir de deux fonds d’archives. Ce projet fait suite à la destruction accidentelle de ses œuvres photographiques dans un incendie. De cet événement ne subsistent que des fragments sauvés in extremis. Ce qui relevait d’une perte devient alors le point de départ d’une recherche : comment faire œuvre à partir des restes ? Un ensemble éclectique, où son travail artistique côtoie, sous une nouvelle forme, les productions résultant de la consultation de ses archives familiales. Elle met en tension deux corpus : d’un côté, des photographies d’auteur, construites, pensées dans un rapport au monde ; de l’autre, des images anonymes, familiales et affectives, qui forment une mémoire latérale. Elles dérangent un peu, viennent en biais, comme des invités inattendus à un repas trop bien organisé.
La mémoire n’est pas une donnée fixe : elle vacille, elle glisse, elle se transforme. Travailler à partir d’archives, c’est accepter de se confronter à une matière instable, parfois trompeuse ou silencieuse. Elle raconte ce qui reste, ce que les images font remonter et ce qu’elles taisent. L’archive devient le point de départ d’un langage plastique plus large, poreux et fictionnel. Cette autopsie autobiographique prend des allures de fable, où saga familiale et patrimoine artistique fantasmé se retrouvent embarqués dans la même aventure. Se dessine alors la possibilité d’un basculement vers une autre manière de voir.

Sabine Delcour, depuis les débuts de sa pratique artistique, a posé le paysage comme terrain d’exploration et de recherche. Une démarche obsessionnelle où elle observe les rapports de l’homme à son environnement comme le laboratoire sous haute tension du devenir de nos civilisations. En mêlant images fixes, textes et son, elle invite le regard à plonger dans une profondeur à apprivoiser, un voyage paradoxal hors du cadre. Elle poursuit ses recherches dans le cadre de résidences de création, de bourses ou de commandes publiques et expose régulièrement en France et à l’étranger. Ses œuvres figurent dans des collections publiques et privées et ont été publiées dans des catalogues comme La fabrique photographique des paysages, Éd. Hermann ou Paysages Français, une aventure photographique, BNF Éd.


Exposition ouverte du mercredi au samedi de 15h à 19h.