Troublé par le décalage extrême entre le mode de vie de son enfance dans les montagnes et notre présent, Laurent Ourtiga a entrepris il y a quelques années d’écrire le témoignage de sa jeunesse passée dans un village des Hautes-Pyrénées des années 50-60. Lorsque nous nous croisons près de Lourdes, l’idée de porter ensemble aux yeux de lecteurs et lectrices son manuscrit intitulé "Tu sens le foin!", d’environ 71 000 signes réparti en 15 thématiques s’installe.

Les témoignages historiques dits "populaires", la question de leur représentation et de leur transmission m’intéresse. Cette résidence de recherche au Bel Ordinaire, en complicité avec Laurent Ourtiga, va me permettre d'explorer cette notion, et d'interroger la façon dont ma discipline - le design graphique - pourrait dialoguer avec elle.

Pour partager le témoignage de Laurent Ourtiga, mon travail va en premier lieu s’articuler autour de la mise en forme d’une édition de 64 pages tirée en 60 exemplaires environ. Ce petit ouvrage sera pensé comme un terrain de recherche graphique. Il aura pour vocation première de partager le récit de Laurent, mais chacune de ses composantes, de ses étapes de fabrication, tisseront des liens avec le lieu et l’époque traités et agiront comme des auxiliaires à l’imaginaire de la lectrice, du lecteur. Un travail de reportage photographique autour du lieu-dit Lousourm et des anciens outils, conservés par Laurent, alimentera l’iconographie des petits ouvrages. En parallèle, l’utilisation numérisée de caractères en plombs récupérés d’un composteur typographique offrira au texte un caractère robuste, une incarnation directe des outils de la vie rurale. Ces livrets seront reliés à la main et enveloppés dans des couvertures réalisées en papier recyclé texturé et teinté avec des plantes.

En complément de la micro-publication du témoignage de Laurent, la création d’un dessin d’animation en stop-motion avec ces mêmes papiers recyclés artisanaux et teintés va se développer pendant la résidence. Ce dessin grandira au fil d’entretiens où Laurent Ourtiga précisera certains de ses témoignages que l’animation aura pour défi de fixer.