Me revoilà au Bel Ordinaire, pour un nouveau temps de résidence dédié à la production des pièces de l’exposition Gommettes-comètes (voir sa dernière résidence). Le programme est chargé : dessiner une série d’objets en tôle d’acier, envoyer des demandes de devis pour les découpes laser, trouver des solutions techniques pour la réalisation de mes deux « serpents », choisir les RAL, imaginer deux fauteuils en métal et décider qu’on ne pourra pas s’y asseoir, peindre les tissus qui recouvriront les coussins-galettes… Je suis aussi venue avec une valise de gommettes pour poursuivre ma série de collages. Les premières pièces peintes par l’équipe du service carrosserie de l’agglomération arrivent. Elles sont magnifiques : les couleurs sont intenses, les surfaces si brillantes que l’on peut s’y voir dedans.
C’est aussi l’occasion de découvrir Château Bateau-Cargo, installé au BO depuis la rentrée !
En janvier 2026, Florence, directrice du Bel Ordinaire, m’invite à imaginer une œuvre à jouer pour l’espace jeune public, le P’tit BO. Elle souhaite une proposition à l’identité forte, où les jeunes visiteurs pourront jouer, prendre le temps, manipuler. Je pense aussitôt à une sorte d’aire de jeux où l’enfant serait libre d’expérimenter plusieurs dimensions : le motif, la couleur, l’espace, la composition. Un lieu qui invite au mouvement comme à la contemplation, et où l’enfant devient acteur, à l’image du jeu Line de Katsumi Komagata (1998).
Tout part de deux petits croquis de choses immenses dans l’univers de l’enfant : le château et le bateau. J’y vois une rime, un lien graphique : une même ligne dessinant des créneaux. Très vite, les deux fusionnent pour devenir Château Bateau-Cargo. Le croquis prend du volume et devient un lieu à habiter, qui emporte vers d’innombrables aventures.
Château Bateau-Cargo est un décor dans lequel on entre. Il propose une initiation sensible au plein et au vide, à la couleur, à la composition. Sa structure en acier (4 m × 1,80 m, 2 m de hauteur) évoque tout à la fois l’aire de jeux, le container, la ville, le château et le bateau-cargo : une architecture simple, presque industrielle, qui devient support d’imaginaire. En son cœur, un tapis généreux invite au repos, au jeu, à la contemplation : un véritable bain de couleur.
Les enfants sont invités à transformer ce volume. Des bandes textiles rythmées, munies de scratch rouge ou bleu ciel, s’assemblent, se suspendent, se tendent, se superposent. Elles deviennent murs, toits, cloisons, rideaux. Elles dessinent des pièces dans la cabane, fabriquent des refuges, permettent de se cacher, de s’isoler ou de se rassembler. Le lieu se compose seul ou à plusieurs. Le décor devient expérience.
Château Bateau-Cargo est une œuvre évolutive où chacun peut être tour à tour constructeur, décorateur, habitant et spectateur. Une sculpture modulable qui interroge la manière dont nous composons nos espaces, et dont la couleur transforme notre perception.
La structure a été réalisée dans les ateliers du BO ; la peinture au service carrosserie de l’agglomération ; toute la partie tapisserie et couture a été réalisée à Marseille par Relax Factory.
Lili Gayman