Les porteurs : de quel vide pars-tu pour prendre forme ?
Au point de départ de mon séjour de recherche au Bel Ordinaire se tient la découverte d’un texte d’Ursula K. Le Guin, La théorie de la fiction-panier, dans lequel elle imagine le récipient comme l’un des premiers objets culturels et d’artisanat. Elle propose ainsi une autre manière de raconter l’histoire humaine, à partir de ce qui contient, recueille et relie : ce que les gens font et ressentent réellement, comment ils se relient à toutes autres choses que contient ce grand sac, ce ventre de l’univers, cet utérus des choses qui seront et cette sépulture des choses qui ont été, cette histoire interminable. C’est ainsi qu’une petite graine est plantée, portant en son sein une histoire des corps, des formes matricielles, des transformations et du cosmos.

Nourri par des réflexions autour de la rêverie alchimique, ainsi que par les écrits de Lynn Margulis sur la symbiose et les liens entre le microscopique et le planétaire, le projet explore les correspondances entre formes anatomiques, botaniques et embryonnaires. Organes, graines, pousses et corps en devenir composent peu à peu un même imaginaire de croissance, de métamorphose et de mémoire.

Ce projet a ensuite été soutenu par la DRAC Île-de-France et Culture Moves Europe et s’est développé à travers plusieurs temps de recherche et de production. Une première résidence aux Fours à Chaux m’a permis de commencer à travailler la rencontre entre le feutre, le verre et la terre. Le partenariat avec L’Alcôve a permis la réalisation de pièces en céramique, tandis que le travail mené avec ARCAM Glass et le verrier Simon Muller a donné naissance à une première série de formes en verre. À Berlin, une semaine de recherche musicale avec le groupe hormoneS a également ouvert le projet à la dimension sonore et à d’autres façons de faire circuler ces recherches. Ces différents temps ont permis aux formes de commencer à prendre corps. Elles se développent aujourd’hui comme un réseau de volumes qui se prolongent, s’imbriquent et s’intriquent les uns dans les autres.

Lors de ce séjour de recherche au Bel Ordinaire, je souhaite poursuivre ce travail autour des formes en feutre et développer cette vision modulaire de l’installation. J’imagine des volumes qui puissent se combiner, se relier et se transformer dans l’espace. L’accès à l’atelier métal me permettra d’expérimenter différentes structures, à la fois supports et éléments de liaison, qui accompagneront cette imbrication des formes. Il s’agit ainsi de poursuivre la construction d’un ensemble où les matières, les volumes et les structures viennent peu à peu former un même réseau en croissance.