Ma pratique, qui associe sculpture, installation, image et écriture, s’appuie sur une attention constante portée aux paysages et aux multiples formes d’existence qui les animent. À travers des gestes simples, un outillage réduit et l’usage de matériaux naturels, je cherche à faire émerger ces moments où la matière semble se charger d’un sens nouveau, où le monde se laisse percevoir de manière inédite.
Lors de ma résidence au Bel Ordinaire, je souhaite poursuivre un travail de recherche consacré à la rivière. Engagé depuis plusieurs années, ce projet intitulé Jacqueline et la rivière prend sa source dans l’histoire de ma grand-mère, aujourd’hui atteinte de troubles de la mémoire. En évoquant la rivière par différentes formes plastiques, mon ambition est de faire renaître ce motif central de son enfance. Branches, feuilles, galets, terre ou papier, travaillés à la main, tentent ainsi de raviver le souvenir d’un lieu qui s’éloigne peu à peu avec la maladie. Dans le même temps, la rencontre de ces éléments vise à inventer un support de communication commun, une zone de confluence entre nos deux réalités. À travers la notion de deuil blanc, ce travail interroge la disparition progressive d’un être ou d’un milieu encore présent, et invite à reconsidérer notre responsabilité envers ces paysages fragiles, marqués par la dégradation, l’effacement et l’oubli.
Cette résidence au BO représente pour moi une étape essentielle pour approfondir cette recherche. L’accès à l’atelier, ainsi que la proximité du Gave de Pau, me permettront de poursuivre et d’élargir le corpus engagé. Je mesure également la valeur de ce temps de travail au regard des moments de rencontre et de transmission qu’il rend possible. Enfin, la perspective d’un retour vers Jacqueline, afin de lui présenter les formes issues de ce temps de création, m’apparaît comme l’aboutissement logique de ce parcours.