La résidence au Bel Ordinaire va me permettre de continuer mon travail autour de la question du déplacement, de la navigation sur les réseaux internet. Ce projet sera composé d’une installation de différents éléments et d’un récit édité. On se déplace dans des réseaux poétiques fantasmés, rien n’est à la place à laquelle on l’attend. J’utiliserai les spécificités techniques liées à la navigation sur internet pour les transposer et en faire mes outils d’écritures et de constructions. Du récit sortent et se déploient d’autres matières qui viennent posséder l’espace. Des matières sonores qui surgissent comme des pop-up. Des tutoriels sans image, écrits comme des scénarios.

Eva Gerson, mai 2018.


Après la résidence :

J’ai réalisé deux séries de sérigraphies pendant ma résidence. Cela faisait longtemps que je voulais travailler avec ce médium et l’atelier de sérigraphie du Bel Ordinaire bien équipé permet de multiples possibilités.

La première série de sérigraphies Crimes 1 fait référence à mon projet de roman policier poétique réalisé lors de mes dernières résidences (Sapporo au Japon, Sarrebruck en Allemagne, Paris 2017-2018). Cette série est composée de quatre sérigraphies uniques de 60 x 30 cm. Le plan d’une scène de crime est détaillé au centimètre près. Tous les éléments de la pièce de 20m², de la tomette rouge aux huîtres fraîchement gobées sont notifiés par écrit avec une encre rouge. Un morceau de l’espace n’a pas été sérigraphié : la partie où est étalé le corps. Je suis venue rajouter à la main quatre versions différentes de ce corps retrouvé assassiné. J’ai ensuite traité cette sérigraphie comme une partition et réalisé un enregistrement dans les studios de la Route du Son. Chaque mot a été enregistré séparément, comme une note. Les sérigraphies et la pièce sonore forment un ensemble.

La deuxième série Une express est composée de huit sérigraphies uniques de 60 x 80 cm. Elle fait suite à deux autres séries. J’ai écrit un sonnet classique en utilisant le langage html, puis j’ai réalisé une typographie à la maison de l’imprimerie à Nantes, tirée en dix exemplaires 10 x 15 cm. Ensuite j’ai écrit un rondeau classique avec le langage Perl, tirée en cent exemplaires A5. Pour ce troisième poème j’ai choisi d’écrire un épigramme. Ce genre se spécialise dans le mot d’esprit car l’épigramme renferme généralement une pointe grivoise ou assassine. J’ai réinterprété Java et le langage html. Je n’ai pas sérigraphié la fin du poème pour la rajouter après, ainsi elle est différente à chaque fois. J’emprunte les codes et le langage informatique html pour leur donner un sens poétique. Je crée un pont poétique entre le XVIe et le XXe siècle.

Ce temps de résidence précieux m’a permis d’avancer dans mon travail. L’équipe qui m’accompagnait m’a beaucoup aidée pour réaliser mes pièces dans les meilleures conditions.