De ces signes en équilibre, gravés, peints ou bien dressés,

marcheurs nous nous pensions libres pourtant nous étions guidés.

Jonctions d’un point à un autre, trajets ou doubles traversées,

les chemins ne sont pas nôtres, ils sont sentiers partagés.

Sous le prisme de la marche comme processus artistique, les chemins seront à la fois des objets d’études et lieux d’expériences. Mon regard se posera sur les traces intentionnelles que les humains ont laissées sur le paysage pour se repérer. Qu’il s’agisse des cairns ou des cailloux de la légende du Petit Poucet, ces éléments, d’abord naturels puis artefacts, me feront me souvenir des chemins empruntés.

À partir de ces systèmes d’orientation non conventionnels, j’invite à porter attention au presque rien, aux objets récoltés puis assemblés ou semés, reflets des routes et déroutes de nos gestes spontanés et de nos regards instinctifs. Autant d’indices cueillis et recueillis pour accueillir les marcheurs qui passeront par là : il y a là l’entame d’une relation, l’esquisse d’un échange. En portant attention à tout ce qui avant de faire signe est perçu comme insignifiant, je propose une relecture des sentiers du réel à travers ceux de l’imaginaire. Je cherche à m’émanciper des parcours préétablis, prédessinés et envisage de dresser le portrait d’un terrain sensible.

Cette enquête picturale et graphique s’organisera sous la forme d’un objet éditorial : une proposition de promenades contemplatives plutôt que des circuits dédiés à une consommation des territoires. J’entends par là interroger les traces et empreintes de l’activité humaine sur les paysages et porter une attention particulière - non pas à ce que nous retirons - mais bien à ce que nous empruntons et restituons au monde.