De ces signes en équilibre, gravés, peints ou bien dressés,

marcheurs nous nous pensions libres pourtant nous étions guidés.

Jonctions d’un point à un autre, trajets ou doubles traversées,

les chemins ne sont pas nôtres, ils sont sentiers partagés.

Sous le prisme de la marche comme processus artistique, les chemins seront à la fois des objets d’études et lieux d’expériences. Mon regard se posera sur les traces intentionnelles que les humains ont laissées sur le paysage pour se repérer. Qu’il s’agisse des cairns ou des cailloux de la légende du Petit Poucet, ces éléments, d’abord naturels puis artefacts, me feront me souvenir des chemins empruntés.

À partir de ces systèmes d’orientation non conventionnels, j’invite à porter attention au presque rien, aux objets récoltés puis assemblés ou semés, reflets des routes et déroutes de nos gestes spontanés et de nos regards instinctifs. Autant d’indices cueillis et recueillis pour accueillir les marcheurs qui passeront par là : il y a là l’entame d’une relation, l’esquisse d’un échange. En portant attention à tout ce qui avant de faire signe est perçu comme insignifiant, je propose une relecture des sentiers du réel à travers ceux de l’imaginaire. Je cherche à m’émanciper des parcours préétablis, prédessinés et envisage de dresser le portrait d’un terrain sensible.

Cette enquête picturale et graphique s’organisera sous la forme d’un objet éditorial : une proposition de promenades contemplatives plutôt que des circuits dédiés à une consommation des territoires. J’entends par là interroger les traces et empreintes de l’activité humaine sur les paysages et porter une attention particulière - non pas à ce que nous retirons - mais bien à ce que nous empruntons et restituons au monde.


Après ma résidence, juin 2021 :

Pendant trois semaines, j’ai enquêté sur les pierres qui jalonnent les chemins. Je me suis demandé pourquoi avaient-elles attiré mon regard ? Comment le simple geste de les ramasser avait-il transformé ces pierres, du naturel à l’artefact, en un signe ?

Mes lectures sur les cairns, les peintures pariétales, mais aussi sur les hiéroglyphes dessinés avec des encres minérales, m’ont intuitivement orientée vers l’exploration des manières de tracer, de faire « trace » avec la pierre. À partir de fragments de paysage, de photographies, de relevés de textures, d’extractions de matières, j’ai tenté de donner à voir les aperçus d’un terrain sensible par la mise en lumière des formes, couleurs, états de surfaces et propriétés des pierres rencontrées, observées et employées. J’ai notamment percé les pierres que j’avais glanées dans les Pyrénées et obtenu différentes poudres colorées. Ces expérimentations donnent à lire une géologie des couleurs où chaque pierre jalonne le chemin de fer d’un objet éditorial. Un inventaire, une collection non exhaustive, de cailloux percés et d’extraits de couleurs, imprimés en encres naturelles fabriquées à partir de poudre de pierres : une édition réalisée à l’atelier de sérigraphie grâce aux recettes d’encre naturelles de Marie Longhi, aux précieux conseils de Christophe Clottes sur les pierres et à ceux de Benjamin Lahitte pour la sérigraphie. Cette publication qui s’accompagnera d’un second ouvrage est percée en son centre, dévoilant une collection de huit cent trente-huit cailloux cueillis et recueillis le long des sentiers.