Depuis 2014, mon projet Atlas Bellone a réuni une grande collection d’objets contemporains trouvés sur des lieux de mémoire ou des musées de guerre : souvenirs, médailles, supports de communication etc. Mise en tourisme des champs de bataille et commercialisation de l’histoire se mélangent à des volontés d’appropriation d’un patrimoine douloureux dans ces représentations qui oscillent entre obscénité et curiosités. En consignant méticuleusement ce qui n’est pas censé l’être, j’interroge les « traces » de l’Histoire produites aujourd’hui, leurs enjeux politiques et économiques. Les événements historiques célébrés et le moment où « j’y suis allée » se chevauchent ; les géographies se mélangent. À l’inverse des discours portés par ces objets, Bellone, déesse romaine de la Guerre, incarne davantage les horreurs de la guerre que ses aspects héroïques.

J’ai mis en place au fil du temps plusieurs protocoles de prises de vue de ces objets pour organiser leur archivage. Ma résidence au Bel Ordinaire sera consacrée à un travail d’editing, d’assemblage et d’écriture autour de ces 900 pièces collectées ces six dernières années. Cette résidence sera ainsi une première étape dans la conception d’une publication. À la manière d’un Atlas Mnémosyne revisité ou d’un musée imaginaire, cette édition tentera de proposer de nouvelles lectures de ce travail de collection.