Traversée par les figures du vestige et du désert, la recherche photographique de Leah Desmousseaux s’inscrit dans une démarche plasticienne et expérimentale autour de l’hybridation des procédés analogiques et digitaux. Musées d’antiquités, muséums d’histoire naturelle, sites archéologiques et géologiques, livres illustrés et flux internet sont autant de lieux d’archives où elle traverse l’épaisseur du temps et dont elle extrait la matière première de son travail de laboratoire. Par la manipulation tant optique que haptique de l’image-matière (perte des repères spatiaux, trouble des échelles et du lien indiciel qu’entretient l’image avec son référent photographique), elle cherche à décontextualiser et à crypter la lecture de ces objets de mémoire afin d’ouvrir une réflexion contemplative sur la fabrication de nos représentations et de nos récits.

« Durant le mois de février, je poursuivrai au Bel Ordinaire mon projet photographique Tadmor, Tadmer, Tudmur. Voilà un an que j’explore le site antique de Palmyre, en Syrie, via Google Image. Depuis mon atelier, je photographie à l’argentique et directement sur l’écran de mon ordinateur des fragments d’images de ce lieu lointain, pour ensuite réaliser à partir de ces négatifs divers tirages cyanotypes dont les formats varient de la miniature à la fresque. Par la manipulation de l’image-matière, je cherche à nouer une relation d’intimité avec ce paysage inaccessible et j’expérimente le pouvoir propre à l’image de nous faire accéder à un ailleurs. L’espace d’incarnation de l’image peut-il saisir quelque chose de la lointaine lumière palmyréenne ? Je travaillerai au Bel Ordinaire à la réalisation d’un nouveau polyptyque grand format, en prenant pour motif les tours funéraires dynamitées en 2015 dont les traces subsistantes bordent le site antique ».