L’écriture, système de codage, mobilise des unités de sens qui permettent d’enregistrer et de fixer sur un support un contenu de manière à le révéler à travers sa lecture. Ce système, technique d’extériorisation de la pensée, se voit transformé depuis l’arrivée des nouveaux dispositifs numériques : ses symboles en deviennent transformés et exécutables. Lors du passage vers l’écriture numérique, les contraintes techniques de la machine obligent nos textes à s’abstraire du sens pour passer en langage machine ; l’interprétation est pensée pour une manipulation purement mécanique. Ces systèmes encodent le signe pour le simplifier et compressent le message. Nos lettres se vident de leur sens et se retrouvent cryptées entre des 0 et des 1. Ainsi ôtées de toute signification et démunies de leur sémantisation, leur numérisation les rendent manipulables automatiquement à travers l’architecture de ces machines. Ces codes, toujours plus éloignés de la structure de nos langages, où le numérique n’existe et n’est opératoire que pour et par lui, condamnent l’humain à toute possibilité de lecture. Il n’intervient plus dans le processus de décodage de ces symboles et lègue à ces machines interconnectées la gestion de ces informations.

Projet : pour rendre compte de ce constat sur l’écriture numérique, il est proposé de placer le spectateur/lecteur face à des formes où le sens semble perdu. Il se retrouve dans une transition entre deux états, un moment charnière où l’écriture n’a pas encore repris son sens ou en attente de le retrouver. Ces dispositifs proposent un questionnement à la fois sur la lecture d’une image (esthétique machinique) et sur la lecture de l’alphabet (camouflage des formes des lettres), bousculant les règles de ce qui est lisible par l’humain ou par la machine. Le projet tente également de parler de la perte de repères dans ce monde du tout numérique. Ces propositions tentent de trouver des formes qui questionnent cette hybridation.

Une série de typographies du nom de « Cipher » dont le point de départ est la déconstruction et la reconstruction du binaire, est représentée par le carré comme forme élémentaire. Elle tente de questionner les transformations liées aux textes, d’explorer le quantum de la lettre (et le signe) et de venir trouver des moyens artificiels pour brouiller le message. Le lecteur se trouve placé dans une situation de reconstruction de l’écrit et dans une lecture active de décodage.