Après la faille spatio-temporelle du confinement, le monde se remet à bouger, dans l’ère du SARS-CoV-2, ce temps qu’on a d’abord qualifié de l’après qui se trouve être un temps de l’avec. Après avoir tant zoomé, il s’agit maintenant de dézoomer. On s’adapte, on réajuste nos viseurs, on réaligne nos objectifs, on refait la mise au point.

Cette seconde période de résidence sera plus courte que prévue, le projet de performance à la médiathèque étant reportée à un temps ultérieur, plus propice aux rassemblements et aux rencontres avec le public. Ces deux semaines à venir seront consacrées à affiner mon projet d’exposition pour décembre. J’y invite mon amie et complice de travail, Lili Gayman, designer, à se joindre à moi quelques jours pour réfléchir aux questions spatiales et scénographiques.

A la suite de mon premier temps de résidence, en mars 2020, ont émergé des directions : pour ce projet d’exposition, j’ai envie de raconter mon travail par la métaphore d’un lieu imaginaire. Fête foraine ? Pays fictif ? Exposition universelle ? Il s’agira d’inviter le visiteur dans mon terrain de jeu, donner quelques pistes en filigranes, transmettre les coordonnées gps des chemins que j’emprunte, à la rencontre des mots-matières qui habitent ma pratique. Cactus, mouton, rayures, silence, fausse parole, whisky, puceron typographique, acrobate, puzzle… Cette métaphore servira à déployer un système de mise en scène et un scénario de visite sous forme de parcours, reproduisant les mécanismes à l’œuvre dans mon travail. Ce temps me permettra aussi de continuer à distance le travail de préparation de la résidence avec le collectif Bim.

Comment reprendre les choses qui étaient en cours ici quand le confinement a sonné ? Que faire de cette traversée ? Par mon appétit et mon attention pour les mots, j’ai été marquée par le lexique de ce confinement, et le poids des mots choisis. Guerre, gestes barrières, distanciation sociale… Des mots du repli, de l’affront, là où on attendrait les mots de la bienveillance, de l’accueil et du soin, là où j’aurais eu envie de « gestes protecteurs », de « distance sanitaire » et de « cohésion sociale ». Je les ai relevés, plus ou moins méthodiquement, selon la météo de ces 55 jours confinés. Je voulais en faire quelques chose sur le moment mais ils étaient trop brûlants. Maintenant qu’ils ont un peu refroidis, j’ai aussi envie de profiter de ce temps de résidence les mettre ensemble et voir ce qu’ils ont à se dire.

Voir ou revoir sa précédente résidence ?