New Way of Living

Le Bel Ordinaire

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Le projet

Sabine Delcour interroge notre manière d’habiter le monde. Elle cherche à comprendre comment nos cités se construisent, quels en sont les enjeux, et quels imaginaires animent ses concepteurs et ses habitants. Considérant qu’aujourd’hui, dans un monde essentiellement citadin, parler de la ville, c’est parler de la condition humaine, elle reprend son travail d’exploration dans différentes métropoles du 21èmesiècle, donnant suite à certaines des séries réalisées en France et au Japon.

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© Sabine Delcour

New Way of Living

Je suis fascinée par la rapidité avec laquelle la sphère immobilière, à l’instar de pans entiers de la société chinoise, s’est développée avec l’ouverture de l’accès à la propriété privée. À fin des années 90 et en moins de dix ans, le logement est passé d’un système entièrement administré par l’État à une économie de marché. En quelques années, des milliers de chinois sont devenus propriétaires. Ce changement a favorisé la multiplication de projets architecturaux et l’expansion urbaine pour répondre à de nouveaux projets politiques, sociétaux et économiques. Cette évolution du marché a généré des manifestations extrêmes de surproduction de logements, dont la plus spectaculaire est sans doute la ville d’Ordos, en Mongolie intérieure, mon point de départ pour ce projet.

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© Sabine Delcour

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© Sabine Delcour

L’évolution fulgurante de la Chine, son développement technologique et ses applications pour la protection et la gestion de ses citoyens sont à mes yeux le prélude annonciateur d’une transformation profonde de nos sociétés. La Chine exporte dans le monde entier ses avancées en matière de vidéo-surveillance et de reconnaissance faciale. Qu’en est-il des identités, des sphères individuelles, des responsabilités des uns vis-à-vis des autres, des liens qui nous unissent ?

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© Sabine Delcour

Comme le nôtre, l’habitus des citadins chinois emprunte essentiellement au numérique. Dans un monde ultra-connecté et particulièrement dans la ville chinoise, les frontières entre l’espace privé et l’espace public sont devenues poreuses et les connections entre l’homme et la ville sont maintenant d’un autre type. Les avancées technologiques nous permettent de dépasser les frontières géographiques, sociales, culturelles, physiques… On transgresse le temps lui-même. Qu’en est-il du présent ? Ne devons-nous pas ralentir ? Avons-nous assez de recul pour évaluer nos avancées, ses répercutions, ses nécessités, ses atouts ? La traçabilité des identités numériques couplée à une vidéo surveillance massive figurent un ordre social en pleine mutation.

La mutation est mon hypothèse de départ. Elle préfigure peut-être un nouveau genre humain, au-delà de toute appartenance à un groupe spécifique. La Chine n’est qu’un prétexte, un contexte, une matière et ses habitants mon échantillon.

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© Sabine Delcour

L’observation, la restitution par captation, l’image au sens large sont-elles des cautions suffisantes pour évaluer la véracité, l’objectivité d’une situation X à un instant T ? Je fabrique des images depuis longtemps dans un monde inondé d’images. Quels statuts ont-elles ? À quoi, à qui servent-elles ? Qu’en faisons-nous ? Comment les regardons-nous ? Un artiste a-t-il un rôle dans tout ça ? Autant de questions qui m’ont permis de dessiner ce projet.

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© Mi Zhou

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© Sabine Delcour

Intervention de Jérémie Descamps au sujet du projet New Way of Living qui a eu lieu à la Cité de l’architecture et du Patrimoine, Paris dans le cadre de la conférence « Images/Cités. Autour d’Arthur Crestani & de Sabine Delcour » les 16 et 17/10/18. Montage de Sabine Delcour à partir d’archives personnelles et de captations réalisées par Arnaud Maudru pour Documents d’artistes Nouvelles-Aquitaine au laboratoire Label Images.

Ordos

Mongolie-Intérieure, 18 hab. /km² / avril 2018

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© Sabine Delcour

En 2017 la presse internationale qualifiait Ordos de ville fantôme : une ville nouvelle qui peine à trouver ses habitants serait-elle déjà hantée ? J’avais découvert l’existence d’Ordos dans les années 2010. Une ville en plein désert, encore en chantier, déployant de vastes avenues où quelques balayeurs s’efforçaient de repousser le sable envahissant. Une « cité en devenir » sur une terre aride que l’État et les pouvoirs locaux s’évertuaient à transformer en haut lieu de l’architecture, en ville musée qui affichait déjà des bâtiments surprenants.

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© Sabine Delcour

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© Sabine Delcour

En 2008, un riche promoteur de la région a lancé Ordos 100, un projet architectural destiné à des acquéreurs fortunés : la construction d’un lotissement de 100 villas de luxe de 1 000 m² chacune, conçues par 100 architectes internationaux. Les architectes avaient carte blanche : après une unique visite de quelques jours, sans rencontrer les potentiels habitants ; ils livrèrent les plans détaillés de 100 villas et n’entendirent plus parler d’Ordos 100, qui n’est jamais sorti de terre. Quelles qu’en soient les raisons, ce programme démesuré concentre les ambitions des nouveaux bâtisseurs chinois et raconte admirablement la naissance d’une ville au XXIème siècle.

Le projet Ordos 100 a été mon point de départ, il m’a donné un axe, une direction, et comme dans tous mes projets, il n’a été qu’une amorce.

(Texte extrait du Récit du projet par Sabine Delcour)

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Wuhan

Hubei, 1203 hab. /km² / juin-juillet 2019

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Mon second séjour m’amène à Wuhan, capitale de la province du Hubei dans le centre de la Chine, avec une densité de 1 203 habitants au km² pour une population de 11 millions d’habitants sur une superficie de 8 494 km². (…)

L’attaché culturel du Consulat général de France m’ouvre des portes et me donne notamment la possibilité de rencontrer certains acteurs de la transformation de la ville (architectes, promoteurs) qui vont tour à tour me donner accès à des projets immobiliers ( …)

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© Sabine Delcour

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La ville est démesurée, en pleine expansion et extrêmement verticale. Je prends de la hauteur et travaille entre le 15ème et le 78ème étage. Cette fois, j’ai mis en place un dispositif qui s’inspire de l’observation de la faune : se tenir à l’écart, passer inaperçu ou se fondre au groupe. Je réside au cœur des espaces que je photographie et traque de mes tours de guet l’écosystème environnant. Pour ce faire, j’utilise une longue focale catadioptrique (800 mm) fabriquant une image modeste qui interroge le statut de l’image au sens générique et contraste avec mes photographies de scènes urbaines réalisées à l’aide d’une chambre photographique.

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Qingdao

Shandong, 511,88 hab. /km² / décembre 2019-janvier 2020

Pour le dernier séjour, j’ai choisi une ville moyenne, d’environ 8 millions d’habitants, à l’Est de la Chine. Qingdao dans le Shandong est une ville côtière, au bord de la mer Jaune. Classée 11ème ville du pays par les autorités, elle est connue dans le monde entier pour sa bière, la Tsingtao. Les photos de Qingdao seront visibles à Orthez au centre d’art Image/imatge.

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Fang, mon assistante, est originaire de cette ville et parle le dialecte local. En dehors du mandarin, langue officielle enseignée dans les écoles et les universités, et du cantonais, langue parlée dans le sud du pays, chaque région possède son propre dialecte et ses sous-dialectes comme à Qingdao où, suivant les districts, à quelques stations de métro, la langue parlée n’est plus la même. Bien que la plupart des gens nous prennent pour des Russes et pour mère et fille, l’utilisation du dialecte nous facilite grandement la tâche.

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Avant de partir, je m’étais engagée à projeter mon travail sur place, et à en parler, dans un nouveau musée d’art contemporain privé, une occasion de confronter les premières images du projet à un public chinois, un point d’étape avant de poursuivre. Une association de photographes amateurs séduite par mon intervention saisit l’occasion et organise au pied levé une seconde conférence réservée à ses membres. Cette opportunité est inattendue, les échanges sont riches, ils me montrent leur travail, me font découvrir leur ville. Certains me donnent accès à leur résidence, m’ouvrent leurs portes. Pour la première fois j’accède à des intérieurs privés, ce qui est rare en Chine pour un étranger, l’espace privé est réservé aux proches.

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Capture d’écran du site Baidu (le Google street chinois)

Profitant de ce réseau, je lance un questionnaire en ligne le 15 janvier 2020. Traduit par Fang, il est accessible à nos contacts WeChat via une plateforme chinoise. Ils peuvent y répondre tout en restant anonyme. Ils jouent le jeu, mais si leur réactivité est immédiate, la censure aussi. Fang doit fournir aux administrateurs du site sa pièce d’identité pour pouvoir se reconnecter. Ce travail est actuellement en cours. Après trois ans d’absence, Fang est restée sur place pour profiter de sa famille, c’est le nouvel an chinois.

Ce séjour aura été plus anthropologique que les précédents, me permettant de mieux comprendre la culture chinoise, si différente de nos cultures occidentales.

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© Fang Dong

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© Fang Dong

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© Sabine Delcour

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© Fang Dong

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