En partenariat avec le FRAC - Collection Aquitaine.

Avec les oeuvres de John M Armleder, Farah Atassi, Pauline Bastard, Vincent Bécheau et Marie-Laure Bourgeois, François Cante-Pacos, Nicolas Chardon, Maitetxu Etcheverria, Robert Filiou, Peter Fischli et David Weiss, Vincent Ganivet, Paul-Armand Gette, Luigi Ghirri, Piero Gilardi, Ann Veronica Janssens, On Kawara, Gunilla Klingberg, Joseph Kosuth, Richard Long, Karin Ludmann, Nicolas Milhé, Joachim Mogarra, Juan Muñoz, Dennis Oppenheim, Nam June Paik, Hugo Pernet, Présence Panchounette, Chantal Raguet, Maryvonne Rocher-Gilotte, Sergio Sister, Reena Spaulings, Studio Totem, Joseph Sudek, Otmar Thormann, Tatiana Trouvé et Jacques Vieille.

Allan Kaprow affirmait que « l’art s’élabore à partir d’objets et de pratiques ordinaires, il a son socle dans la banalité du monde ». L’exposition inaugurale du Bel Ordinaire réunit un ensemble important d’œuvres du Frac Aquitaine, dont de nombreuses nouvelles acquisitions, liées à cette notion de quotidien. Depuis Marcel Duchamp qui, en déplaçant un objet usuel dans un contexte d’exposition, a transformé le statut de l’œuvre d’art, cette pratique des écarts est toujours aussi vivace chez les artistes contemporains, que ce soit par l’utilisation des matériaux ou le détournement des objets, des codes ou des usages.

Dès les années 1950, les artistes cherchent à sortir l’art de ses limites conventionnelles et de ses lieux institués. Les artistes Fluxus (Nam June Paik, Robert Filliou), remettent en cause la notion de Beaux-arts. Privilégiant l’action et le processus sur l’objet « fini », leur pratique artistique questionne les frontières entre l’art et la vie. Les artistes du Land Art (Richard Long, Denis Oppenheim) eux privilégient des actions éphémères, accomplies dans un cadre naturel. Ils témoignent de l’intention commune des artistes des années 1960, tant aux États-Unis qu’en Europe, de s’affranchir du contexte institutionnel.
La peinture, médium des Beaux-arts par excellence, subit elle aussi des transformations par l’inclusion de produits de consommation courante. Les artistes brouillent ainsi les catégories esthétiques traditionnelles. Furniture Sculpture n°186 de John Armleder juxtapose peinture sur toile et antennes de télévision. L’artiste, non sans rappeler la démarche de Robert Filliou, privilégie des équivalences de formes et de styles issus de registres différents qui mettent en lumière une banalisation de l’œuvre d’art par le biais du décoratif. Sergio Sister utilise des objets trouvés dévolus à d’autres usages et Echo de Nicolas Chardon évoque à la fois l’extérieur et l’intérieur, la toile peinte et le tissu manufacturé, le singulier et le commun.
Le simulacre est convoqué, troublant davantage encore les frontières : la niche de Présence Panchounette fait songer à l’intérieur d’un collectionneur, l’ode à la nature de Piero Gilardi passe par le plastique et la mousse polyuréthane, Luigi Ghirri photographie un trompe l’œil. Le lustre classique de Chantal Raguet a troqué sa parure de cristal pour la facture plus industrielle de chaînes de fer galvanisé.

Pour le philosophe John Dewey, dans son ouvrage Art as Experience, l’expérience esthétique est indissociable de nos activités dites « ordinaires ». Ces dernières gagnent en intensité par notre pouvoir imaginatif. Cette inventivité est au cœur de la dernière salle de l’exposition dont les œuvres mettent en lumière une poétique de l’ordinaire, par le biais de cosmogonies (Nicolas Milhé, Vincent Ganivet) et du paysage architecturé ou naturel (Jacques Vieille, Farah Atassi). Elles favorisent notre capacité d’émerveillement, ainsi qu’une certaine poésie du commun, du banal. Chaque objet, vulgaire au sens étymologique, est ici source de merveilleux et d’étonnement.

Karen Tanguy, chargée de collection et de diffusion FRAC Aquitaine

Photographie page agenda : détail, Totem (Studio), Fauteuil Zèbre, 1982. Collection Frac Aquitaine © Design Frédérick du Chayla – Totem. Photo : Alain Danvers