​À propos de la derniere résidence de Clara Denidet

Il semble qu’avec cette résidence, Clara Denidet confirme la nouvelle orientation donnée à son travail. En effet, elle tend « à dessein » vers des formes allégées et surtout plus propices à l’action qu’à la contemplation. Les objets sauvegardés, les textiles et les outils de travail, témoins de savoir-faire anciens sont toujours présents mais leur valeur d’usage se fait plus pressante et devient prétexte à des pratiques collectives d’atelier. Les objets ne sont plus installés comme des inventaires de pièces à conviction chargés de témoigner de pratiques dévaluées, oubliées ou révolues. Ils deviennent autant d’outils mis à disposition de personnes réunies pour accomplir, au présent, des tâches liées à la réparation, au soin et à l’invention de nouveaux rapports entre les individus. Ainsi que certains artistes contemporains qui depuis les années 70, souhaitent sortir leur production de l’espace de la galerie, Clara Denidet organise aussi des rencontres qui sont autant d’occasions de fabriquer en commun. De plus, en suscitant ce type de situation de travail, elle met en œuvre une alternative au travail solitaire de l’artiste dans l’atelier.

C’est parce qu’elle cherche que Clara trouve.

Son activité d’artiste, productrice de formes, est aussi liée à la recherche dans des domaines étendus à l’histoire et l’anthropologie. Sans que sa démarche ait vraiment à voir avec la nostalgie des époques révolues, elle exploite des trouvailles faites dans les encyclopédies d’ouvrages de dames ou des musées ethnographiques pour les actualiser dans des « actions » vécues au présent. Cette attitude de chercheuse implique un soin particulier accordé à la collecte de témoignages sur des savoir faire traditionnels mais aussi des rencontres très diverses. Sa dernière collecte « chiffonnière « a débouché sur un atelier de confection d’écheveaux de lanières de tissu, réalisées à partir de vêtements de récupération, tous porteurs de récits singuliers. Le temps de travail en commun accompli en déchirant et nouant pour produire cette matière première d’étoffe, porteuse de bribes d’histoires fut aussi l’occasion d’échanges et de confidences. Il a débouché sur la fabrication d’une corde tressée de manière artisanale grâce à un outil ancien exhumé pour l’occasion par les dernières personnes à en connaître le maniement. C’est ainsi que cette corde se chargera tout au long de sa confection de l’évocation des récits de vie, passés et présents qui la constituent au moins autant que sa matière textile.

L’objet exposé en présence duquel va nous placer l’artiste sera un condensé d’histoires susceptible d’apporter un éclairage nouveau sur notre monde et nos manières de vivre : celui que d’autres chiffonniers de l’Histoire ont proposé et proposeront encore.

Un éloge de la main décliné au présent