Cinq grandes toiles d'Anita Campardon

La minoterie Espace d'art contemporain - Nay

Les dernières peintures d’Anita Campardon seront présentées à la Minoterie, Espace d’art contemporain de Nay à partir du 8 novembre. Cette artiste qui vit et travaille à Pau, montrera à cette occasion un ensemble de toiles de très grand format à travers lesquelles elle affirme une posture de peintre à la fois résolue et toujours remise en chantier. C’est bel et bien la peinture qu’elle a choisie depuis ses études à l’Art collège de Santa Monica en Californie, même si ce médium est peu visible sur la scène de ce qu’il est convenu d’appeler l’art contemporain.

Pour l’instant les cinq toiles de grand format occupent une bonne partie du volume de son appartement. Chez elle, logement et atelier se mêlent en un seul espace singulier où l’art et la vie se confondent derrière le rideau végétal que forment aux fenêtres les nombreuses plantes qui filtrent l’air et la lumière en isolant de l’extérieur. On perçoit la trace des ces vies silencieuses dans quelques tonalités de vert qui se mêlent aux fonds gris bleuté des grandes peintures ; couleurs qu’elles ont en commun et qui les apparentent sans les unifier.

Deux entrées sont possibles pour pénétrer ces espaces picturaux mouvants. Le spectateur peut se sentir comme dans une vue d’avion, en surplomb d’un paysage ou d’une cartographie faite de directions approximatives et d’une multitude de signes repères. Il peut aussi choisir de laisser flotter le regard au sein d’un univers plus aérien où se matérialisent signes et figures en suspension. Dans les deux cas il est invité à composer une sorte de géographie mentale propice à la déambulation. En effet ces peintures ne s’adressent pas seulement à des regards mais aussi à des corps qui doivent se déplacer pour rentrer dans le détail ou prendre du recul : il y a beaucoup à voir mais à des échelles différentes, un simple coup d’œil n’y suffira pas. Le face à face avec les toiles de Anita Campardon est actif, en mouvement comme l’a été celui de la peintre toujours mobile face à son travail. Elle raconte volontiers que le temps passé au travail est fait d’allers et retours nécessaires pour que tous les éléments disparates du tableau fassent lien et pour qu’ils se répondent. C’est donc également un rapport au corps et au temps qui s’inscrit dans la peinture, celui d’une temporalité qui mêle le quotidien avec l’activité de peindre : être dedans et être dehors s’enrichissent l’un l’autre et j’aime bien mélanger ma vie avec la toile dit- elle.

Quelques figures récurrentes viennent peupler des zones délimitées par des frontières improbables et des trajectoires qui s’entrecroisent. Elles sont issues de formes découpées anciennes qui servent à en tracer les contours au crayon ou au pastel. On peut dire que des silhouettes habitent depuis longtemps la peinture d’Anita sans que l’énigme de leur présence s’épuise, pour elle et pour ceux qui regardent. Qu’elles soient issues des nombreux voyages qui ont « dépaysé » leur auteure ou de l’imaginaire des spectateurs ces figures simples les regardent. Faciles ou non à identifier, elles semblent rendre le regard porté sur elles : toutes ces formes sont investies d’une présence et c’est là une des énigmes les plus puissantes de la peinture en général et de celle d’Anita en particulier.

Quand un tableau nous parle, cela commence souvent par des ressemblances avec des formes connues qui appartiennent soit à notre imaginaire soit à notre culture visuelle ; le rapport à l’œuvre se construit alors dans un échange de reconnaissance. Pourtant Anita Campardon, sans nier que l’histoire de la peinture existe, avoue ne pas toujours s’y référer ; elle ne tient pas à trouver la légitimité de sa pratique dans les références et préférait que cela vienne d’ailleurs ou tout simplement du présent. Le musicien de blues - référence pour la musicienne qu’est également Anita Compardon - peut savoir que la guitare classique existe, sans avoir à s’en préoccuper lorsqu’il compose. Le présent de la création est autant un surgissement qu’une somme de souvenirs ou qu’un héritage.

Monique Larrouture Poueyto