Un collectif à l’oeuvre

Exposition Volumes proposée par la Maison des éditions

Aux alentours du Bel ordinaire ou plutôt à sa périphérie immédiate, s’active le collectif La maison des éditions Pyrénées. Fondé en 2011 par une dizaine de designers graphiques, d’artistes et de créateurs. Ils occupent un local qu’ils partagent avec le Fablab Pau pour y travailler ensemble. Dans l’atelier, pas de place vraiment assignée : chacun en trouve toujours une pour poser son ordinateur, son carnet de croquis ou sa tasse de café et sort pour téléphoner sans déranger les autres. Si le premier objectif du collectif est d’expérimenter l’objet édité qu’il soit textuel, musical, sonore, plastique, graphique, il est tout aussi important pour ses membres de chercher (et pourquoi pas de trouver) un mode alternatif d’existence sociale et artistique. Pourtant, rien de vraiment théorique dans cette ambition : valeurs, outils et compétences sont mis en commun avec autant de naturel que les nombreuses prises multiples du local, les contacts téléphoniques ou les documents partagés en ligne.

Leur dernier projet réalisé, l’exposition Volumes fait suite à une première éditionÉcoutez voir ! qui montrait les liens étroits entre design graphique et pratiques musicales. Cette fois il s’agit d’explorer en profondeur ceux qui existent entre design graphique et pratiques éditoriales et c’est sur un mode résolument collaboratif que le projet s’est construit. Pour ce faire le collectif a pris en charge la totalité du projet qui vise à montrer « tout ce par quoi le texte se fait livre et se propose comme tel au lecteur ». Des premières réflexions sur les contenus à la scénographie, en passant par la collecte de quelques 650 ouvrages exposés et le travail de documentation de l’ensemble, c’est la forme d’organisation solidaire et horizontale du travail qui a prévalu. Tous n’étaient pas engagés au même niveau, mais chacun se sentant responsable pour le tout, la coordination s’est faite plutôt par ajustements mutuels. Ceux qui ont donné plus de temps que d’autres se reconnaîtront, mais le commissariat ne porte qu’une seule signature, celle du collectif Maison des éditions ; cette appellation rejoint l’usage du terme « collectif d’artistes » qui s’est répandu à la fin du XXe siècle pour désigner des regroupements dont le point commun pourrait être d’affirmer la force de l’action et du projet collectif avant la singularité des membres le constituant.

On retrouve le même goût du partage dans le propos et le contenu de l’exposition Volumes qui suscite une véritable collaboration du public au cours de la visite. La feuille de salle mentionne que « Dans cette exposition, tous les ouvrages sont placés à portée de main car c’est bien à partir d’une expérience physique et sensible que peut se partager la variété des savoir-faire mis en œuvre dans la fabrication d’un livre ». Les visiteurs circulent lentement dans les quatre salles ouvertes et prennent le temps de faire leur choix avant de s’asseoir sur le mobilier imaginé à cet effet pour lire, voir et même sentir les objets livres. L’invitation à les « regarder en tant qu’objets permet de mieux comprendre le rôle d’interprète respectueux et inspiré du texte que jouent l’éditeur associé au designer graphique ».

Mais l’expérience proposée ne vise pas seulement la meilleure compréhension d’une activité professionnelle. Elle propose également le partage d’un goût : les ouvrages choisis ont fait l’objet, de la part des membres du collectif, d’une appréciation esthétique rendue transmissible. Au cours de la visite qui prend du temps, les lecteurs, enfants compris, restent concentrés, mais souvent ils s’interpellent pour attirer l’attention d’un autre sur le livre choisi. Il est aisé de constater qu’en exprimant le plaisir de le tenir entre ses mains, le visiteur complice ne dit pas seulement « cela me plait à moi », mais « c’est beau » En prétendant que ce plaisir doit être aussi celui de son voisin. Il parle alors du « beau » comme s’il était une propriété de l’objet, reconnaissable par tous.

Et il y a aussi du plaisir et même de la jubilation à cela : partager le sensible et s’entendre sur des goûts et des couleurs…

Monique Larrouture Poueyto