Les deux artistes, dans leur démarches respectives, interrogent les figures de l’artiste-chercheur qui tient, pour elles, autant du savant que du bricoleur. Elles transforment les détails qui leur pré-existent en les détournant vers la fiction ou l’usage fantasmé, et déploient des moyens artisanaux et des techniques d’approches attentives et exacerbées aux choses, au croisement du jeu et de la régression.

«Nous ne savons pas ce que nous allons trouver et nous n’avons pas forcément envie de chercher au bon endroit.»

L’endroit, Agathe Boulanger et Clara Denidet le pressentent aux périphéries de l’archive. Les gestes et les outils des archivistes, leurs codes et systèmes de classement rigoureux posent un terrain d’exploration qu'elles appréhendent de biais. Elles prélèvent le morcelé, le lacunaire et le disparate, pour leur donner une visibilité nouvelle en maintenant un désordre minimum. Elles préfèrent regarder dans les marges pour aménager des espaces d’appropriation. Il s’agit alors de présumer des liens, de repenser leur ordre et d’éprouver l’intuition. Elles s’attardent sur l’apparente complexité des choses et portent leur attention sur l’accidentel et le singulier. Des objets apparaissent : objets de connaissances dont le langage est réinventé constamment, avec sans doute là une responsabilité, une vision du monde, et selon les mots d’Arlette Farge : «l’inquiète ténacité à ne jamais rien immobiliser»*.

*Le goût de l’archive, Arlette Farge, Éditions du Seuil, 1989, p.113


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