Du naturel à l'architectural

Glissement de terrain - Quai des arts à Cugnaux

Les formes généreuses de la grande halle d’exposition du Quai des arts à Cugnaux abritent du 4 mai au 3 juin, l’exposition Glissement de terrain. L’allure « brutaliste » de ses murs en béton contredit apparemment l’intrusion de la nature en ces lieux, et pourtant plusieurs échantillons de la flore urbaine, déplacés de l’extérieur vers cet intérieur par les artistes invités, vont durant cette période tester leur vitalité au sein de ce cadre architectural.

Dès l’entrée, le visiteur est frappé par la sincérité des matériaux : ceux de la salle d’exposition, choisis sans artifice, à l’inverse du goût de l’ornement et ceux des éléments naturels à partir desquels ont œuvré les artistes. Ils confèrent à l’ensemble une grande unité qui ne sera pas contredite par la visite. Le bois brut répond au béton, les formes de branches mortes de certaines sculptures, semblent mimer les nervures des dalles de marbre du sol et les socles des sculptures cristallines ne font qu’un avec le mur. Les couleurs elles-mêmes déclinent une harmonie de blanc, de gris et de noir. Les œuvres présentées, toutes réalisées pour l’occasion, semblent avoir trouvé avec l’espace d’exposition une sorte d’intimité déjouant la frontière habituelle entre le dehors et le dedans. C’est le cas de l’étrange bloc posé à même le sol, par Christophe Clottes de manière si discrète qu’il est presque invisible. Il provient de la récolte sur une grande superficie de terrain, de graines ailées de pissenlit amalgamées de façon tout à fait naturelle pour produire cette forme à la fois compacte et fragile : une masse de légèreté.

D’autres formes de concrétions végétales ou minérales se révèlent dans l’exposition : les étranges cristaux sur tige de Clémentine Fort, les terminaisons/branches des câbles tombant du plafond que Guillaume Batista Pina utilise pour faire allusion à une sorte de symbiose du végétal et de l’électronique. Toutes ces créations évoquent des connivences inusitées entre le naturel, le bâti ou l’artefact. Certaines, sensibles au toucher, sont capables de perturber le fond sonore de l’exposition.

Le même terme d’intimité utilisé plus haut pourrait également servir à décrire la relation de travail vécue, au cours de la période de préparation de l’exposition, dans les ateliers de création du Bel Ordinaire, par les trois artistes qui font partie du collectif de la Maison des éditions des Pyrénées. À l’occasion de l’invitation lancée par le Quai des arts, ils ont véritablement joué le jeu du collaboratif en infléchissant leur propre travail afin de privilégier une écriture commune. Les formes et les productions restent autonomes et faciles à attribuer à l’un ou à l’autre, et pourtant l’ensemble est homogène. Ils semblent avoir choisi d’utiliser une même écriture pour écrire des textes différents. Chacun s’est engagé dans un récit, mais la langue est restée la même et ils ont veillé à ce que toutes les pièces présentées restent en dialogue les unes avec les autres. C’est le cas des cartographies de moulages de taupinières dressées au mur par Christophe Clotte qui dialoguent avec l’installation sonore de Guillaume Batista Pina ainsi qu’avec les délicates fleurs de cristaux que Clémentine Fort a fait pousser en symbiose avec les parois de la salle.

C’est ainsi que ces trois artistes sont parvenus à rendre poreuse la frontière entre nature et architecture, mais aussi entre des aventures plastiques singulières.