Il est possible de voir en fermant les yeux

"Échos du son" Du 23 janvier au 4 février à Mourenx

L’occasion de s’intéresser à l’univers du son et d’accéder à la création dans ce domaine n’est pas si fréquente que cela. Pourtant le tout jeune festival « Échos du son » qui se déroulait au MI [X] de Mourenx en fournissait l’occasion, du 23 janvier au 4 février 2017.

Il faut s’imaginer ouvrir la porte d’une salle accueillante par une fin d’après-midi d’hiver. Au sol, des tapis et des coussins colorés, des poufs et quelques fauteuils très confortables. Dans un coin de la pièce, une collation (ma foi généreuse) à emporter avec un verre jusqu’à une place choisie. Ceux qui ont fait le déplacement sont prêts, le spectacle peut commencer. Ils ne s’attendent pas à une séance de cinéma, il n’y aura pas de projection : les images se formeront directement dans la tête. Si le son est fondamental, rien à voir avec un concert non plus. Le rapport avec la radio est lointain car le flux sonore peut s’interrompre et l’écoute est attentive et volontaire. Une autre appellation sera nécessaire pour désigner la proposition de Laetitia Mikles de ce jour-là. Elle a choisi d’appeler « sieste sonore » la séance d’écoute qu’elle annonce légère, drôle et divertissante avec, entre autres, des chansons souvenirs interprétées par de très vieilles dames, le récit de vie d’un africain qui devient japonais, et l’aventure domestique hilarante de la bouillabaisse ensorcelée.

Le mot écoute, dans notre langue, évoque l’accueil de l’autre et de sa différence. Selon la définition du dictionnaire, écouter signifie être attentif à un bruit, à un son, à de la musique, etc. , les entendre volontairement. Mais le même mot signifie aussi prêter attention à ce que quelqu’un dit pour l’entendre et le comprendre. Laetitia Mikles, elle-même réalisatrice de documentaire et de fiction, en tenait compte dans les introductions prononcées pour chaque séquence. Sa présentation était une invitation à écouter des voix singulières mais aussi leurs dialogues avec le son, c’est-à-dire avec tout ce que la voix ne dit pas et qui interfère avec ce qui est raconté.

« Le son dans l’écriture documentaire amène l’environnement de la personne, son réel, ce dans quoi elle vit ». C’est ainsi que Sylvain Gire, le directeur de ARTE radio présente l’activité de ce site comprenant plus de 2000 reportages, témoignages et « bruits pas sages » (d’ailleurs, ceux qui regrettent de ne pas avoir goûté à la bouillabaisse infernale évoquée plus haut, peuvent se rattraper en retrouvant ce documentaire sonore à cette adresse. Dans un entretien, il déclare : « … ce sont des femmes qui réalisent la plupart les documentaires sonores d’ARTE radio. On fait parfois des blagues à ce sujet : la documentariste Frédérique Pressman, qui fait de la radio et du cinéma, dit avec beaucoup d’humour et de féminisme que c’est normal : c’est un métier précaire et mal payé… »

Il faut donc doublement remercier la réalisatrice, programmatrice et présentatrice de cette séance d’écoute, de nous avoir consacré généreusement un peu de son temps libre et d’avoir su faire partager son intérêt pour l’écriture du son.

Monique Larrouture Poueyto