A la sortie du spectacle Rain de la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker, sur le parvis du zénith de Pau, quelqu’un a dit : « Nous venons de vivre un moment parfait. »

Le présent de cet instant-là dure encore. Au début, seul l’immense rideau en cascade de lumière disposé en demi-cercle face au public laisse prévoir quelque chose d’imminent et de grandiose. Mais très vite, l’intensité de la musique de Steve Reich et la présence des dix jeunes danseurs entrés ensemble sur scène occupent la totalité de l’espace. Dix manières de se mouvoir : à chacun sa carrure, sa couleur de peau, sa chevelure et son énergie. Dix danseurs et danseuses, tous différents, habitent l’espace en courant, sautant, se touchant, s’évitant, au rythme soutenu et répétitif de la musique. Certains sont animés d’une grâce flottante et d’autres d’une impétuosité contagieuse. Leur trajet suit, au sol, celui des lignes géométriques tracées sur le tapis de danse mais chaque déplacement en esquive la rigueur. Ce soir, la beauté ne fait pas de doute, elle est là, » explosante fixe » pour reprendre une définition de poète. Impossible de rester indifférent à cette danse écrite pour le souffle vital, cet éloge de la diversité qui concerne aussi ceux qui ne dansent pas, mais qui adhèrent à cet élan. Ils ont alors envie de croire que l’harmonie entre les êtres qui ne se ressemblent pas est possible, et en assistant à ce spectacle, ils y participent.

Un tel moment de fête est rare, surtout quand il se déroule en silence et à l’unisson avec tant de personnes.