L’édition 2016 de « Résonance », temps fort danse de la scène Espaces Pluriels à Pau faisait cette année la part belle à l’histoire de l’art et à la peinture. Plusieurs œuvres anciennes faisant partie de l’imaginaire collectif étaient à la source des créations chorégraphiques programmées. Mais à aucun moment la danse et la présence des corps ne se sont laissées absorber par la puissance des images auxquelles elles se référaient. Ce fut le cas de la chorégraphie signée par Christian Rizzo qui faisait dialoguer, avec justesse et précision, un corps de femme avec des formes baroques en mouvement dans le spectacle « B. C, janvier 1545, Fontainebleau » 1. La danseuse s’y exposait dans un cabinet de curiosités tandis que les autres pièces de la collection s’animaient lentement pour lui donner la réplique.

Deux autres spectacles ont eu recours à l’ancienne tradition des tableaux vivants pour ranimer le souvenir des formes plastiques : celles de la dame à la licorne dans « À mon seul désir » de Gaëlle Bourges2, et celles de l’iconographie de la Vierge à l’enfant et des piétas dans « D’après J. -C » d’Herman Diephuis3. Au cours de ces deux soirées, danse et histoire de l’art sont entrées en résonance, créant sur scène une vraie surprise : celle d’une histoire des formes capable de s’incarner.

Par ailleurs, pour donner corps à ces tableaux vivants, les artistes avaient lancé des appels à participation dans la ville pour préparer des volontaires à contribuer aux créations. C’est souvent le cas dans ce théâtre où la frontière entre scène, coulisse, salle et foyer est poreuse. Cette ouverture apportait aux deux spectacles une tension sensible, issue de ce risque assumé qui rendait plus naturelle l’implication du public dans ce qui se passait sur scène. Un fort courant d’empathie pouvait circuler entre les volontaires, au visage parfois familier, et les spectateurs les incitant à s’approprier l’expérience. Cet effet, joint à la chorégraphie maîtrisée par les danseurs, a produit, ces deux soirs-là en tous cas, une intensité toute particulière.

Quelques mots sont encore nécessaires pour parler cette fois du lieu pour lequel on pourrait inventer le terme de « théâtre de proximité ». Il s’agit d’une scène où se produisent des artistes d’aujourd’hui mais aussi un espace ouvert habité par les personnes qui le font vivre. Avant ou après les spectacles, il est tout à fait possible de retrouver artistes, auteurs et visiteurs dans le foyer ou dehors près du grand camélia, pour échanger avis ou commentaires. La directrice et les autres salariés assistent tous aux spectacles. On peut les retrouver à l’entrée, assumant toutes sortes de rôles utiles, et saluant, souvent par leurs prénoms, les spectateurs qui leur tendent leur billet.

La programmation de la saison est loin d’être terminée et il est encore possible de fréquenter ces Espaces Pluriels pendant au moins trois mois.

Monique Larrouture Poueyto

1http : //www. espacespluriels.fr/spip. php ? page=article&id_article=804&date=2016-03-10 %2015 : 04 : 00

2http : //www. espacespluriels.fr/spip. php ? page=article&id_article=802&date=2016-03-03 %2014 : 59 : 00

3http : //www. espacespluriels.fr/spip. php ? page=article&id_article=806&date=2016-03-24 %2015 : 24 : 00