Une polyphonie à une seule voix

Frederic Jouanlong

Frédéric Jouanlong est « plusieurs » depuis longtemps : il est chanteur, poète, performeur, musicien, plasticien, danseur, qu’il se produise seul ou accompagné.

Il est tout à la fois et peut tout faire, il n’a qu’un seul corps et sa voix : c’est presque suffisant. Pas tout à fait cependant puisqu’il use parfois d’un sampler avec lequel sur scène il crée des boucles enregistrées de sa propre voix qu’il superpose ensuite à son chant. C’est ainsi qu’il obtient des précipités temporels qui mêlent ce qui vient d’être chanté à ce qui est chanté dans l’instant, et à ce qui peut devenir une partie du chant à venir. Cette polyphonie à une seule voix génère un espace sonore étrange dont la dimension temporelle est improbable. Les couches de voix superposées suggèrent des paysages sonores singuliers peuplés de figures composites, humaines et animales, dans lesquels il est possible de circuler.

Il se produit sur des scènes diverses, en solo, en duo, ou au sein de plusieurs formations : groupes de rock ou de musique électronique, comédiens, danseurs. C’est ainsi qu’on a pu le voir récemment dans « Chto » [1] au théâtre Espaces Pluriels, avec le trio Bruch à la Centrifugeuse [2] et qu’au mois de mai on pourra découvrir ou revoir le spectacle Solo Volatile[3].

Cette disponibilité artistique est le signe d’une belle ambition mais indique également que Frédéric Jouanlong ne se laissera jamais enfermer dans le cadre trop étroit d’une discipline. Il est conscient du fait que d’autres artistes l’ont fait avant lui, depuis les actions Dada jusqu’aux performances actuelles des artistes ou des poètes sonores qui font référence pour lui. C’est un créateur lucide qui sait se situer dans le champ de la création actuelle, mais ce qu’il donne à entendre sur scène est souvent hors du temps. Le passé et le lointain se mêlent à l’immédiat, les répétitions préparent la surprise. Le son des mots utilisés est souvent plus intelligible que leur sens et l’autonomie de son langage poétique fonctionne au-delà du langage fonctionnel.

Dans« Chto » le spectacle présenté en décembre à Pau et qui sera donné prochainement à Marseille, il est un vocaliste qui plante le décor. Son chant donne à voir des paysages et des ambiances qui donnent une épaisseur temporelle et spatiale aux drames qu’évoque la parole dansée de la comédienne.

Dans letrio Bruch qu’on a pu entendre dans le cadre du Printemps des poètes, programmé par la Maison de la Poésie, il se charge du brouhaha vocal qui se mêle aux compositions instrumentales de deux musiciens. L’effet produit évoque un condensé de temps à la fois archaïque et contemporain car les rumeurs vocales venues de loin y rencontrent les instruments électroniques d’aujourd’hui. Il y a quelque chose d’héroïque et de légendaire dans ces pièces sonores où se mêlent sons, paroles inarticulées, bruits et chants.

Le prochain rendez-vous avec lui dans les environs proches est celui du mois de mai à l’atelier Dantza.

Monique Larrouture Poueyto


[1] « Chto » (avec Fanny Avram) / Ecrire un Mouvement / Espaces Pluriels / Pau / 17 Décembre 2015

[2] Trio Bruch / 4 Mars 2016 / Festival Grain de la voix / Pau / Centrifugeuse

[3] * Solo Volatile / Atelier Dantza / Pau / 5 Mai 2016